Asma Mhalla, politiste, publie le 20 septembre 2026 sur sa newsletter Dangerous Ideas un essai écrit au retour d'une tournée européenne, où elle passait dans la même heure de l'intelligence artificielle à l'AfD et à la souveraineté. L'hypothèse : septembre 2026 raconte une seule histoire dont les morceaux n'ont pas été reliés.

D'un côté la séquence IA. Le 9 septembre, Jacob Coxon, jeune chercheur passé par OpenAI puis Anthropic, démissionne et publie un avertissement viral : l'IA avancée pourrait tuer l'humanité avant la fin de la décennie. Une semaine plus tard, Geoffrey Hinton sort d'un briefing au Congrès et estime qu'il reste peut-être un an pour poser des garde-fous. Les dirigeants du secteur divergent publiquement : Amodei appelle à ralentir, Altman réclame davantage de supervision, Huang refuse tout ralentissement coordonné. De l'autre côté, les urnes : l'AfD obtient 43,8 % en Saxe-Anhalt, Futuro Nazionale de Roberto Vannacci s'installe autour de 7,5 % en Italie, Marine Le Pen recueille 34 à 36 % des intentions au premier tour.

Je comprends cette peur. Je refuse de lui accorder le statut de pensée.

— Asma Mhalla , asmamhalla.substack.com

Mhalla refuse de se prononcer sur la probabilité d'extinction et renvoie au rapport international de sécurité de l'IA : capacités actuelles insuffisantes pour un scénario de perte de contrôle, progrès rapides, experts divisés. Son objet est ailleurs : ce que la peur fabrique. Un mot circule partout — remplacement — parce qu'avant d'être une théorie, il désigne une sensation : quelque chose pourrait continuer sans moi. L'IA atteint les métiers que les classes éduquées croyaient protégés, et le baromètre Edelman 2026 mesure le désenchantement français : 6 % pensent que la génération suivante vivra mieux.

Vient le rétrofuturisme. Futuro Nazionale, le « again » de MAGA : le futur désirable est une restauration. S'appuyant sur Reactionary Modernism de Jeffrey Herf, elle rappelle que les droites autoritaires n'ont jamais combattu la technique ; elles l'ont arrachée au marché pour la confier à la nation. La technologie est un butin, et la seule question est à qui elle appartient. Quand ses producteurs déclarent ne plus savoir la gouverner, ils offrent aux forces de restauration leur vocabulaire favori. Non une causalité électorale : une compatibilité narrative.

La France illustre le paradoxe par une doctrine volatile de souveraineté, dont Palantir à la DGSI, « transitoire » depuis 2015, est l'exemple. Conclusion : la peur est bon marché, elle dispense du travail. Le risque IA sérieux appelle des incidents documentés, des audits indépendants, des évaluations reproductibles, des investissements publics. « Je comprends cette peur. Je refuse de lui accorder le statut de pensée. »