Éric Hazan reçoit Philippe Corrot, cofondateur et co-CEO de Mirakl, dans l'épisode de rentrée des Pirates de l'IA (RCJ, 20 septembre 2026). L'entretien couvre d'abord un parcours d'autodidacte : études arrêtées à vingt ans, agence web Keyrus créée en 1997 et revendue à Progiware en 2000, puis un réseau d'accessoires de mode, Mayrev, vendu en 2005 pour revenir à la technologie.

Le raisonnement fondateur part d'un constat : l'e-commerce n'est pas rentable, puisqu'on est toujours à un clic d'un concurrent, avec des marges faibles et des investissements lourds. En étudiant les modèles transactionnels, Corrot et Adrien Nussenbaum retiennent la place de marché, alors 5 % de l'activité d'Amazon, aujourd'hui plus des deux tiers. Ils lancent Splitgames dans le jeu vidéo ; la Fnac la rachète en 2008 et leur confie sa marketplace, qui devient première source de profitabilité et d'acquisition. Les concurrents de la Fnac échouant faute de savoir-faire, ils packagent celui-ci en logiciel : Mirakl naît en 2011, trois millions levés auprès d'Elaia, puis quinze millions en 2015 pour partir aux États-Unis. Aujourd'hui : 750 collaborateurs, 180 à 200 millions de dollars d'ARR, une valorisation de 3,5 milliards lors de l'entrée de Silver Lake en 2021, et vingt milliards de dollars attendus en transit sur les plateformes cette année.

que ce soit une IA qui achète ou un client physique, pour nous ça ne change rien

— Philippe Corrot , podcasts.apple.com

Vient la question de l'IA. Corrot distingue deux composantes de la « SaaSpocalypse ». La tarification au siège s'effondre si l'utilisateur devient une IA — mais Mirakl se rémunère sur les transactions : qu'un agent ou un humain achète ne change rien. Quant à faire réécrire Mirakl par un modèle, il l'estime improbable à court terme : l'actif est une infrastructure de près de cent mille vendeurs raccordés, un standard, et une tenue à l'échelle que les logiciels générés maîtrisent mal. Il assortit ce pronostic d'une péremption à six mois.

À l'intérieur, la transformation part des livrables et remonte la chaîne. Documentation, formation et support, dont la source commune est la doc, sont réunis en une équipe ; l'agent OneHelp traite les demandes. À effectif constant, la satisfaction client double et les utilisateurs du support sont multipliés par dix. Les départs sont venus de collaborateurs estimant que ce n'était plus leur métier.

Sur la société, Corrot parle de changement de civilisation, répond oui à une job apocalypse, juge que l'IA occupe le niveau d'un junior et s'inquiète de la formation des seniors futurs. Il met en cause le code du travail, l'université et l'absence de vision française, et pose le revenu universel comme question à instruire.