Enregistré en mai 2026 au Dev Summit co-organisé par Adeo et Decathlon à Lille, un épisode du podcast DataGen réunit Matthieu Grymonprez, qui dirige le digital, la tech et la data d'Adeo (Leroy Merlin, Weldom, Obramat), et Romain Taillade, Global CTO de Decathlon. SFEIR en tire une restitution structurée par axes. Les deux groupes partagent un actionnariat familial, des clients et des ordres de grandeur — dizaines de milliards d'euros de chiffre d'affaires, centaines de millions de clients, milliards d'appels d'API — sans être concurrents, ce qui autorise la comparaison à découvert.
La phrase de Grymonprez cadre tout l'entretien : « un agent n'a pas de bon sens ». Un humain compense une définition médiocre par son expérience ; un agent l'applique telle quelle, y compris quand elle vaut pour la France et pas pour l'Espagne. Premier constat commun : la plateformisation menée depuis cinq ans — décomposer le SI en domaines métier exposés par API — n'avait pas l'agentique pour objectif. Elle devait absorber la marketplace de Leroy Merlin (de 60 000 références en magasin à plusieurs millions en ligne) et l'expansion de Decathlon au-delà de 50 pays. Son sous-produit est le socle attendu par un modèle agentique : une API de panier, une API client, une API de paiement, avec le bon contrat. Corollaire : qui n'a pas terminé cette transition doit mener deux révolutions à la fois, culturelle et technologique, pendant que l'IA compresse le calendrier.
la plateforme a construit les muscles, l'ère de l'intelligence construit le système nerveux
Côté client, un nouvel interlocuteur arrive, l'agent du client. Il décide de l'ordre de la conversation et peut négocier, ce que le socle technique doit encaisser. Taillade suit une question : en combien de temps peut-on disparaître de cette conversation ? Grymonprez rappelle la peur symétrique au lancement de Google Shopping et parie sur des parcours hybrides, le client ne déléguant pas les achats chers ou engageants. Côté interne, l'agent raisonne sur le prochain pas d'un workflow ; le pouvoir passe à ceux qui vivent les problèmes, la DSI gardant les gros sujets.
Trois chantiers en découlent : le harnais de développement (environnement, sandbox, skills), avec la consigne de donner un framework même imparfait ; la sécurité traitée par zones, zéro agentique sur paiement, commande et supply chain ; la sémantique data, dette assumée d'Adeo, attaquée par verticales. En mémoire, un précédent payé cher : le self-service BI a produit plus de 150 000 dashboards avant le retour aux data products certifiés. Taillade y ajoute le scénario de la trentième intégration Stripe : « ton SI peut s'écrouler sur son propre poids ».